Pour une concertation forte

Mercredi 16 mai 2007

 

Une verticalité venue du haut viendrait nous protéger d’une déshumadémocratisation ?  Je préfèrerais que ce que nos consciences auraient su créer viennent graver dans la pierre, pourquoi pas  constitutionnelle, un acquis qui serait notre bien commun à préserver pour demain.


Comment faire pour tous nous retrouver ? Chacun à notre place ? La démocratie se joue à plusieurs acteurs et tous ont leur place, le politique et l’administratif, l’association, la société, le citoyen, l’espace qui vit lui aussi ….dans sa réalité de terre ou de pierres, d’héritages ou d’usages…dans ses projets ou ses non projets…dans ses chaos économiques et  sociaux, ses avancées technologiques et autres…faisant trembler les frontières, les repères, rendant flou ce qui nous paraissait certain, éclaircissant ce que l’on ne voyait pas…se jouant du tout et de son contraire. Et nous, alors que tout se métamorphose sans cesse, qui nous rétrécissons souvent sur la vision d’une seule vie, cette durée de nous-mêmes en tant qu’individu extensible en promesse de vie mais tout en finitude…et réduisant peut être en cela sa vision à très long terme, celle qui le dépasse, bien au-delà de sa génération et de ceux à venir.


Comment faire pour que chacun exerce sa compétence, on a besoin d’un décideur autant que d’un citoyen, d’un associatif autant que d’un fonctionnaire…chacun dans ses paroles et ses actes. On a peut être sûrement besoin que  chacun  trouve un sens, un but  qui pourrait partir de l’intérêt de chacun… pour trouver à se rejoindre dans un but commun, un sens partagé et enrichi qui ferait que petit à petit chacun serait capable de dépasser son intérêt pour construire un travail commun et aboutir à un geste commun, une concrétisation que l’on pourrait dire d’intérêt général dans ce dépouillement de soi même à ne regarder que ce qui enrichit en espace de vie et d’espoirs, de qualité, de bonheurs individuels et collectifs…. Et à ne se regarder non pas comme un dieu mais un simple acteur qui avec les autres aurait contribué à faire grandir ce qui porte des fruits.


Je dis dieu comme j’ai dit vertical, dans cette difficulté à imaginer nos liens dans notre société autrement que par des jeux de pouvoirs, des liens verticaux voire quasi divins pour celui qui essaierait d’inventer autre chose et qui se trouverait ainsi à devoir essuyer de plein fouet  cette essence là à ne pouvoir bénéficier d’une expression démocratique complète, qui s’exercerait non seulement par le rêve ou la parole mais par l’acte dans une juste reconnaissance de ce qu’il est et de ce qu’il apporte en valeurs, en travail, en gestes…indépendamment d’habitudes et d’usages d’un jeu de pouvoir ou de séduction…pour s’essayer à une parole vraie ou au moins empreinte de vérité. Une vérité non de façade mais intérieure.


Peut être que l’intelligence collective est là dans cette difficulté à se dépouiller, à se vivre autrement tout en apportant ses connaissances, ses compétences et en essayant de les faire se lier avec celles des autres non dans un rapport de soumission ou de compromission mais peut être dans une volonté de vouloir faire vivre ce qui pourrait être juste. Dans la règle ou la décision, dans le geste ou la parole,…. trouver ce juste là.


Je ne sais pas si il y a des recettes et des méthodes, sûrement des formations pour tout en chacun et chacun dans son rôle afin qu’il puisse l’exercer au mieux de ses compétences sans cesse enrichies et renouvelées…Ce qui est me parait certain c’est que il faut d’abord que cela vienne de nos volontés individuelles à vouloir inventer un autrement notamment dans le lien à l’autre et à ce que l’on peut contribuer et apporter.


Toutefois il me semble aussi que dans cette volonté nécessairement comme un petit démon chacun entendra en retour , qu’est ce que je suis prêt à perdre, à sacrifier, à renoncer…pour que l’intérêt général puisse se réaliser ? dans mon individualité face au collectif ?


Il me semble que c’est peut être un des plus grands pièges dont il faudrait  se méfier comme si systématiquement, la notion de sacrifice était inhérente à la notion de bien public ou d’intérêt ou de cause générale, de bien commun… Comme à chaque fois ces polarités de bien et de mal, d’ombre et de lumière…Sacrifice, renonciation, compromission…comme un vocabulaire sans fin des jeux du pouvoir et de la verticalité qui empêchent le jeu démocratique dans son entier.


Nous avons besoin d’espaces, de juste reconnaissance, …comme un oxygène qui serait de pouvoir jouer avec l’espace temps (ce qui est du très court terme, ce que nous ne pouvons pas imaginer en siècles et en siècles),  avec l’espace de nous-même ( de ce que l’on porte en nous à ce qui nous dépasse ), avec cet espace à rechercher le sens et le juste, un espace où travailler autrement pour inventer l’autre façon de créer du lien et de le nourrir avec tout ceux(ce) qui nous entoure(nt)….

Sylvie Cesari, jeunesse et sports, Inspecteur

Par Sylvie Césari
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Mardi 26 juin 2007

Votre démarche est très stimulante. Voici quelques commentaires en vrac pour aller plus loin.


a) bien identifier les acteurs.


On ne peut limiter la question des difficultés posées par l'émergence de la revendication participative à la seule crainte des parlementaires face à des processus qui les videraient de leur prérogative. En fait je vois au moins deux types d'acteurs qui éprouvent aussi des réticences à l'égard de ces processus: i) les admnistrations (auquel il convient d'adjoindre ces administrations “grises” que sont les conseillers parlementaires, les cabinets des maires, des élus et des ministres) ii) les corps intermédiaires (syndicats, grosses associations, etc...). Je crois en d'autres termes que dans le palais du Sultan, le pouvoir du harem est plus menacé que le sultan par les procédures participatives...


 b) exécutif et législatif


Par ailleurs le pouvoir élu lui-même est divisé, au niveau national au moins entre législatif (supposé représenté par l'assemblée) et exécutif (supposé représenté par le gouvernement). En réalité cette division est toujours factice et l'un des pouvoirs est généralement subordonné à l'autre. Or, seule la domination du législatif sur l'exécutif assure un régime démocratique. La domination de l'exécutif conduit naturellement à des modes de gouvernement aristocratiques ou monarchiques (fusse par élection). L'histoire de la Suisse au 19ème siècle est d'ailleurs symptomatique de cet état de fait et permet notamment de comprendre la crise actuelle de l'Europe. Jusqu'en 1848, la suisse est une confédération, c'est à dire un regroupement d'Etats. La communauté n'existe qu'au travers du consensus que bâtissent les exécutifs des cantons qui négocient entre eux exactement comme les représentants des états à l'heure actuelle en Europe. Ce régime où de plus en plus de décisions essentielles, y compris de nature législative, sont négociées par des exécutifs, assure de fait leur domination. Ce n'est pas un hasard si la plupart des cantons suisses sont essentiellement des républiques aristocratiques jusqu'en 1848. Après 1848 la Suisse est une fédération marquée par 2 traits essentiels. a) la domination du parlement sur l'exécutif puisque chaque conseiller fédéral (ministre) est élu par le parlement (et non nommé par le 1er ministre ou le président), le parlement est lui même élu au suffrage direct b) toute décision est collégiale, c) le peuple dispose d'un recours permanent par le biais des votations (referendum d'initiative populaire). Cette situation prédispose les élus à chercher des compromis pour éviter au maximum un referendum aux effets toujours imprévisibles. Cette “épée de damoclès” est fondamentale dans le développement d'une culture du compromis.


En terme institutionnel il faut donc opposer des régimes parlementaires avec recours possible au peuple (comme en suisse) et des régimes présidentiels à exécutif forts (France).

Dans les principes par contre, il demeure une différence majeure entre le législatif (en tant que fixation de règles collectives) et l'exécutif qui agit au nom du collectif en se substituant à lui au travers d'une administration. Or, la plupart des gens négligent le fait que l'avancement de la société résulte de l'action des milliers d'acteurs et que la fixation des règles d'action pour ces acteurs est souvent plus efficace que d'accroître la puissance d'action du seul gouvernement (en d'autres termes de bonnes lois sont aussi efficaces que des bonnes adminsitrations même si de fait ces derniers sont toujours indispensables pour faire respecter les premières). On le voit de manière carricaturale en matière d'environnement où la fixation de règle d'émission de polluants est plus efficace que l'action gouvernementale de correction. La loi s'imposant à tous est souvent un levier plus puissant qu'une administration dotée de larges moyens.

c) l'échelon communal

Dans le développement d'une culture du compromis, il faut du temps. Il faut surtout que les instances premières de la démocratie, en l'occurence les communes soient des écoles de la démocratie. C'est en tout cas l'intuition d'Alexis de Tocqueville: “C'est pourtant dans la commune que réside la force des peuples libres. Les institutions communales sont à la liberté ce que les écoles primaires sont à la science; elles la mettent à la portée du peuple; elles lui en font goûter l'usage paisible et l'habituent à s'en servir. Sans institutions communales une nation peut se donner un gouverne­ment libre, mais elle n'a pas l'esprit de la liberté. Des passions passagères, des intérêts d'un moment, le hasard des circonstances, peuvent lui donner les formes extérieures de l'indépendance; mais le despotisme refoulé dans l'intérieur du corps social reparaît tôt ou tard à la surface.” (de la Démocratie en Amérique). Or, il saute aux yeux de l'observateur que le système communal français est aussi anti-démocratique qu'il est concevable. Il est monarchiste puisque le maire dispose de pouvoir et de responsabilité qui lui donne un statut juridiquement distinct des autres conseillers. De surcroît le maire est aussi officier d'état civil et en quelque sorte lié à l'exécutif national, ce qui est original. Si l'on ajoute que les pouvoirs d'une commune sont étroitement surveillés par le préfet (non élu !) et que l'on fait sien le commentaire du Comte de Vaublanc à la suite de la création des préfets par napoléon:"Cette magistature était l'une des institutions les plus monarchiques que l'on ait jamais pu imaginer" (source Wikipédia), il saute aux yeux que la commune centralisée et étroitement contrôlée est tout sauf le creuset de la démocratie responsable. Le développement d'une culture démocratique de responsabilité et de compromis passe à mon sens: i) par une réforme profonde du fonctionnement communal, le rendant plus collégial, ii) par un renforcement du pouvoir des communes. Mais compte tenu de la petitesse et de la faiblesse des communes française, cette réforme serait creuse et contre productive si cette échelon était impuissant, ce qui pose la question de la taille des communes. “En fait notre paysage administratif morcelé est le produit d’un arbitrage politico juridique consacré par le décret du 14.décembre 1789 qui installe « une municipalité dans chaque ville ou paroisse avec réduction du nombre de 44 000 à 38 000. » Dans le débat, déjà très vif à l’époque, sur le nombre et le périmètre des collectivités de base, c’est Mirabeau qui l’emporte. Et Mirabeau l’emporte en avançant deux arguments :

-         Le morcellement permet de mieux contrôler les citoyens

-         Le morcellement garantit le pouvoir central d’une certaine sérénité.


En face Thouret, Sieyès et Condorcet, souhaitent eux couvrir le territoire de 6 500 municipalités au motif que :

-      La démocratie est plus forte dans les grandes communes.

-         Les communes sont mieux organisées pour l’expression populaire.   


Ces derniers sont battus à plat de couture. La centralisation administrative et politique l’emporte.


(Conférence de Michel Santo - http://perso.orange.fr/universitepopu.septi/Identite/identite_narbonnaise.htm)


Ce fait attire ce commentaire de Tocqueville “ Il arrive souvent en Europe, que les gouvernants eux-mêmes regrettent l'absence de l'esprit communal; car tout le monde convient que l'esprit communal est un grand élément d'ordre et de tranquilité publique; mais ils ne savent comment le produire. En rendant la commune forte et indépendante, ils craignent de partager la puissance sociale et d'esposer l'Etat à l'anarchie. Or, ôtez la force et l'indépendance à la commune, vous n'y trouverez jamais que des administrés et non des citoyens.”


Le premier mal de la démocratie française, volontairement voulu par une majorité des constituants, est donc la faiblesse organique de l'échelon communal. Aussi longtemps que la commune n'aura pas de prise réelle sur la réalité (en dehors de l'aménagement du rond-point) du fait de la petitesse de sa taille, la démocratie sera faible. On opposera le fait des dispositifs intercommunaux, mais justement ceux-ci souffrent des mêmes travers fondamentaux que la suisse d'avant 1848: étant des dispositifs confédéraux de représentation indirecte, ils favorisent des fonctionnements aristocratiques.

d) du pouvoir personnel


Revenons un instant à l'institution du maire et de manière générale de tous les fonctionnements politiques en France. La pratique courante est celle de la désignation d'une personnes que l'on dote de prérogatives particulières (président de la république, du conseil régional, général, maire). Ce faisant on excite les ambitions et l'on favorise la culture de la confrontation. Bien au contraire, les instances collégiales (telles que le conseil fédéral suisse) tempère l'ambition naturelle des hommes. Elle évite d'offrir à cette ambition un enjeu qui l'excite et la fasse déborder. Faute de pouvoir s'investir dans la conquête d'un poste unique cette ambition se tempère et s'investit ailleurs. Elle trouve à s'incarner dans la séduction nécessaire à l'obtention permanente d'une majorité jamais acquise, et non dans l'intimidation pour la conquête d'un pouvoir personnel.


e) la complexité


Sans tomber dans une conception irénique qu'il n'y aurait pas de divergence d'intérêt ou de point de vue, une opinion différente de la mienne n'est pas nécessairement contradictoire. J'aime donc bien parler d'articulation des points de vue, d'agencement et d'emboîtement des conceptions. Le tout est de trouver un terrain d'entente pour l'action qui ne nécessite pas une convergence totale des imaginaires. Un groupe social ne peut pas ou ne doit pas être fusionnel, il doit être coopératif. Ceci implique que chaque personne et chaque institution soit imprégnée de l'idée de son incomplétude. Ce que Tocqueville exprime ainsi: “Un pouvoir central, quelque éclairé, quelque savant qu'on l'imagine, ne peut embrasser à lui seul tous les détails de la vie d'un grand peuple. Il ne le peut, parce qu'un pareil travail excède les forces humaines. Lorqu'il veut, par ses soins, créer et faire fonctionner tant de ressorts divers, il se contente d'un résultat fort incomplet, ou s'épuise en d'inutiles efforts.” Les individus comme les institutions, dans leurs interactions, doivent donc renoncer à l'idée d'incarner la juste opinion, et donc de la juste décision.

 

Par Matthieu Calame
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Lundi 2 juillet 2007

1) Effectivement, donner de la voix ne suffit dans le meilleur des cas qu'à ceux qui crient le plus fort. Mais il ne suffit pas d'écouter, aussi bien soit -il, les avis de chacun dans telle circonstance, et d'en faire une synthèse, un compomis ou un consensus, aussi honnête soit-il, pour remplir la mission.La participation des citoyens à la vie de leur « cité »passe par la leur capacité à se forger ensemble une parole, une opinnion sur tout les sujets qui les concernent.. Il faut forger l'avis de chacun, déformer pour reformer les points de vue, déconstruire les préjugés pour reconstruire des jugements... Cette phase de constuction d'une « intelligence collective », née du partage des savoirs, des ignorances, des craintes, des imaginaires, des désirs de chacun, me semble une étape distincte dans le processus de concertation. Elle suppose des modalités spécifiques de travail qui permettent de faire « bouger » les lignes avant même de chercher le compromis ou le consensus.

2) Ce n’est qu’à cette condition que celle-ci pourra être acceptée et pertinente. Il ne faut plus seulement permettre à chacun de se faire entendre et laisser aux décideurs la responsabilité de la synthèse. Il faut faire en sorte que les acteurs du territoire s’entendent, entrent en dialogue, aboutissent à un minimum de consensus. C’est une tâche difficile qui passe par l’acquisition d’une capacité d’écoute et de compromis,

Par Philippe Cacciabue
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Mercredi 11 juillet 2007
Je trouve très intéressant votre texte intitulé "pour une consultation forte". En revanche, je suis très réticent à l'idée de revendiquer aujourd'hui dans la Constitution l'ensemble  du principe de consultation. En effet, il nous manque un échelon qui est celui de la légitimité des instances de concertation et de leur capacité à renforcer la démocratie représentative.

En résumé, puisque nous sommes d'accord pour conforter la démocratie représentative et non pas pour la fragiliser, il faut réfléchir aux moyens par lesquels la démocratie de concertation trouve une place construite.
 
Amicalement,
 
Bertrand HERVIEU
Par Bertrand Hervieu
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Vendredi 13 juillet 2007

Pour une concertation forte, oui, à 2 mains ! et dès aujourd'hui. Cela m’amène à mettre l’accent sur quelques points



  • La force du partenariat public – privé : les initiatives et les responsabilités ne doivent pas se situer dans le seul registre des institutions publiques et des collectivités territoriales, ni d’ailleurs uniquement de la faculté des personnes et des entreprises. Des dynamiques de comité de programmation dans le cadre d’expériences LEADER+ réussies, par exemple, illustrent de manière très intéressante l’innovation et l’intérêt de ces combinaisons entre public et privé
  • la reconnaissance d’un faisceau de légitimités : celles données par le suffrage aux élus, celles des habitants et de leur degré d’expertise par l’usage et le quotidien, celles des professionnels qui « prennent » des risques et décident d’investir sur un territoire, celles des réseaux associatifs qui peuvent rassembler en leur sein des « groupes de pairs », … il n’y a pas une légitimité supérieure à l’autre : elles relèvent de logiques différentes à partir desquelles construire un référentiel commun, l’émergence d’acteurs collectifs
  • la concertation ne doit pas se diluer dans du « consensus mou », expression souvent consacrée : la diversité est précieuse et source d’enrichissement humain, social, culturel, environnemental et économique ! Les interfaces entre les dimensions « intérêt individuel » et « intérêt collectif » peuvent constituer des tensions très fertiles
  • les élus craignent souvent que « le participatif » vienne à l’encontre de « leur pouvoir ». Mais vaut-il mieux qu’ils soient « seuls face à des décisions et à des tentations » ? A mon avis, le processus de participation vient encourager l’aide à la prise de décision (dans l’avant) et l’aide à sa mise en œuvre (dans l’après)
  • la nécessité très pragmatique de disposer de LIEUX physiques de rencontres pour pouvoir se connaître, se parler, discuter, mesurer les différences … et apprendre faire « des choses ensemble », à vivre ensemble même, surtout, si on n’est pas d’accord sur tout
  • accompagner la concertation  requiert des compétences et des expériences, alimentées par des « outils et des méthodes » pratiques et « artisanaux », à la main de la personne qui contribue à cette fonction
Par Michel Schlaifer
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Mercredi 1 août 2007

J'adhère à la plupart des éléments présents dans le texte, avec une  envie de discuter sur le volet constitutionnalisation... Même si je  pense qu'il faut déjà faire du lobbying (vu l'inertie du système), je 
pense aussi que la concertation n'est pas encore suffisament reconnue et revendiquée par la base, et que c'est là dessus qu'il faut  travailler, en même temps que sur de l'évaluation rigoureuse de la 
plus value de la concertation...

Pour en rajouter une petite couche, en souscrivant encore une fois au texte, je cois que le fait de vouloir faire des lois et des constitutions est très français (cf charte de l'environnement adossée à la constitution)... Dans la plupart des cas les ressources juridiques existent et il faut les faire vivre, en tentant parfois des expérimentations (la questions des achats publics en est actuellement en plein à ce stade, par rapport au code des marchés publics) qui pourront ensuite faire jurisprudence... A ce titre on peut citer par exemple la si célèbre charte de l'environnement et son article 7 :

"Toute personne a le droit, dans les conditions et les limites définies par la loi, d'accéder aux informations relatives à l'environnement détenues par les autorités publiques et de participer à l'élaboration des décisions publiques ayant une incidence sur l'environnement".

Plus que la constitution, c'est sur le concret (les décrets d'application) qu'il faut donc travailler aujourd'hui...

Bruno Franc

Par Bruno Franc
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Lundi 27 août 2007
Ce texte est destiné à engager un débat. Pour y participer, cliquer sur "Ajouter un commentaire" en bas de la page. 

Les citoyens veulent se faire entendre. Les acteurs économiques, les associations, les simples usagers souhaitent que les décideurs prennent leur avis en compte lorsqu’il s’agit d’aménager le territoire, de gérer les ressources naturelles ou de transformer leur cadre de vie. Ce volontarisme est salutaire pour notre démocratie en voie d’essoufflement. Les responsables politiques eux-mêmes en ont conscience et la question de la démocratie participative est aujourd’hui au cœur du débat électoral. Depuis quelques années déjà, la France , retranscrivant dans le droit la convention internationale d’Aarhus, a fait de la participation des citoyens aux choix publics en matière d’aménagement un véritable impératif. Le pacte écologique signé par la plupart des candidats à la présidentielle prévoit une extension systématique des dispositifs de concertation pour toutes les questions touchant à l’environnement. Cependant, que des groupes ou des individus porteurs d’intérêts particuliers expriment des avis discordants auprès de décideurs censés arbitrer en leur âme et conscience, cela n’est ni nouveau ni suffisant pour redonner du souffle à un système décisionnel en crise. Dans les territoires comme ailleurs, donner de la voix ne suffit plus.

Rénover la démocratie ne se fera pas seulement en développant des procédures de consultation. Il nous paraît essentiel d’établir un véritable processus collectif de construction et d'accompagnement de la décision politique. Ce n’est qu’à cette condition que celle-ci pourra être acceptée et pertinente. Il ne faut plus seulement permettre à chacun de se faire entendre et laisser aux décideurs la responsabilité de la synthèse. Il faut faire en sorte que les acteurs du territoire s’entendent, entrent en dialogue, aboutissent à un minimum de consensus. C’est une tâche difficile qui passe par l’acquisition d’une capacité d’écoute et de compromis. C’est même un défi dans le contexte actuel, qui n’est pas seulement celui d’une crise de la démocratie représentative, mais celui, plus large, d’une crise de l’autorité et des institutions, de la science et de l’expertise. La voie n’est pas impraticable cependant puisque, sur l’ensemble du territoire, des acteurs locaux l’expérimentent déjà. A l’échelle d’une parcelle ou d’une intercommunalité, qu’il s’agisse de régler un différend ou d’engager un projet de développement, ils choisissent la voie du dialogue et font naître des espaces de concertation.

Cet engouement participatif suscite aujourd’hui des controverses autour des risques, réels ou supposés, dont il serait porteur. Le premier serait de fragiliser la démocratie représentative en enlevant aux élus l’autorité nécessaire à l’exercice de leur pouvoir de décision. Nous avons la faiblesse de penser qu’au contraire, les démarches participatives ne peuvent que renforcer leur légitimité et aider à la refondation d’institutions représentatives aujourd’hui fragilisées. Elles permettent aux élus de construire avec davantage de pertinence des décisions difficiles dans des contextes d’incertitude et d’opacité de l’information Elles leur donnent les moyens de faire comprendre la complexité des choix à faire et de se libérer du soupçon d’arbitraire, tout en leur laissant la responsabilité de la décision. Aux citoyens qui s’y engagent, elles permettent une prise de conscience nécessaire : celle de la partialité des demandes particulières et de la légitimité de l’intérêt général.

Le deuxième risque est celui de la frustration. Toute démarche participative ne garantit pas nécessairement la prise en compte des avis exprimés et la construction d’accords satisfaisants pour tous. Une concertation faible qui se limiterait à consulter les citoyens sans que soient éclaircis les modes d’articulation entre consultation et décision, participation et représentation, ne peut que générer des déceptions chez les participants et discréditer la démarche. Une concertation faible qui ne ferait que mobiliser des idées reçues sans donner aux acteurs locaux les moyens de se construire une opinion par la confrontation de leurs savoirs ne serait qu’un simulacre de participation. Aujourd’hui, il est impératif de créer les conditions d’une concertation forte, fondée sur une confrontation critique des points de vue, puis à une compréhension mutuelle des situations et des besoins, conduisant à des compromis admis par tous parce que chacun peut comprendre les conditions de leur élaboration, y compris les contraintes matérielles ou financières et les rapports de force du moment entre les participants. Ceci impose que cette confrontation ne demeure ni ponctuelle ni concentrée sur un objet limité. Elle doit s’inscrire dans un processus constant dans lequel les points de vue, les stratégies, les alliances, les rapports de force puissent se recomposer.

Cette idée d’une démarche participative qui se construit dans la durée peut répondre à une autre inquiétude soulevée aujourd’hui : le décalage des temps de la concertation et de la décision. Il faudrait souvent agir vite, alors que la concertation est forcément exigeante en temps. Il est clair que n’importe quelle décision n’a pas vocation systématique à être mise en débat. La concertation forte que nous appelons de nos vœux ne peut pas s’appliquer à tout. Mais son champ de pertinence sera d’autant plus étendu qu’elle aura été inscrite dans le fonctionnement des institutions, que ses règles, ses méthodes et ses lieux auront été clairement débattus, définis, appropriés, qu’ils seront permanents sans pour autant être figés. L’institutionnalisation de la concertation comme fait démocratique est une condition nécessaire, même si elle n’est pas suffisante, pour éviter la prise de pouvoir des commanditaires ou des animateurs sur la conduite du débat, favorisée par l’asymétrie d’information et de statut entre eux et les citoyens. Déjà, on voit des vendeurs de méthodes imposer leurs recettes en matière de concertation. Dans ce domaine, la solution unique n’existe pas : place à la diversité et à l’innovation. Place surtout à la maîtrise, par les participants eux-mêmes, des dispositifs de dialogue, des méthodes et des outils.

Une concertation forte s’enracine dans les institutions, dans la formation et dans la pratique des citoyens. Il est indispensable de l’inscrire dans la Constitution , parce qu’elle doit être au cœur de la République. La loi seule, si elle ne s’accompagne pas d’un effort important de la Nation toute entière en matière de formation des individus, ne suffira pas à en faire autre chose qu’un principe creux dont la vanité renforcera encore le rejet du politique. Il est dérisoire de penser que l’Etat à lui seul puisse en être l’inspirateur : un tel effort n’est pas de ceux qu’on décrète ou qu’on impose. Il ne peut être porté que par les hommes et les femmes eux-mêmes, les structures associatives, les syndicats, charge à l’Etat de les appuyer matériellement et intellectuellement dans cette démarche.

Auteurs : François Léger (enseignant-chercheur en sciences agronomiques), Elsa Bonal (thérapeute social et membre de l’association GEYSER (www.geyser.asso.fr), Bernard Mérand Président de l’Association AFIP (www.afip.asso.fr), Pierre-Yves Guihéneuf (animateur du programme Comédie).  

 

 

 

 

 

 

 

 

Par Comédie
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